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Échange stratégique

Optimiser le leadership et la gouvernance des conseils d’administration

13 février 2026 par Peter Muldowney

Vue de dessus de chaussures posées sur une flèche jaune vif pointant vers le haut, sur fond de flèches blanches pointant vers le bas.

Dans l’environnement complexe et en constante évolution d’aujourd’hui, les compétences techniques et la puissance intellectuelle sont importantes, mais ne suffisent plus pour garantir le succès du leadership. Le monde est rempli de professionnels hautement qualifiés et hautement spécialisés. Ce qui distingue véritablement les dirigeants exceptionnels est l’intelligence émotionnelle, c’est-à-dire la capacité de reconnaître, de comprendre et de gérer les émotions, tant les vôtres que celles des autres.

Au cœur du leadership, l’intelligence émotionnelle façonne la prise de décision des dirigeants, leur capacité à gérer les conflits, à bâtir la confiance et, en fin de compte, à diriger efficacement des équipes, des organisations et des conseils d’administration.

Comprendre l’intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle, ou quotient émotionnel (QE), désigne la capacité d’écouter nos émotions, de comprendre leur influence sur nos actionset de les canaliser de façon constructive. Contrairement à notre quotient intellectuel (QI), qui a tendance à rester stable tout au long de notre vie, le QE n’est pas fixe. Il peut être renforcé à n’importe quelle étape de la vie, ce qui en fait l’un des outils les plus puissants que les dirigeants peuvent développer activement.

Daniel Goleman, éminent spécialiste du QE, décrit l’intelligence émotionnelle comme le fondement d’un leadership d’exception, car, comme il le souligne, « le leadership d’exception passe par les émotions. » Les dirigeants qui développent leur QE acquièrent une plus grande conscience de soi, tissent des relations plus solides et créent des cultures de confiance,autant d’éléments essentiels dans des environnements auxenjeux élevés tels que la gouvernance d’un conseil d’administration.

Les fondements neuroscientifiques du QE

Le QE peut sembler abstrait, mais il s’appuie sur la neuroscience. Toutes les informationssensorielles passent par le tronc cérébral, puis par le système limbique, qui est le centre émotionnel du cerveau, avant d’atteindre le cortex préfrontal, la partierationnelle du cerveau.

Cette séquence démontre que nous ressentons avant de penser. Les émotions déclenchent des réactions physiologiques bien avant que nous interprétions consciemment ce qui se passe. Comprendre cette dynamique permet desaisir comment de fortes réactions émotionnelles peuvent compromettre la prise de décision, et pourquoi apprendre à les réguler est essentiel pour un leadership efficace et le développement des relations.

La neuroscience révèle également que les émotions ne sont pasfigées. Ce sont des prédictions que notre cerveau fait à partir d’expériences passées. Tout comme nous pouvons acquérir une nouvelle compétence, nous pouvons remodeler nos réactions émotionnelles en nous exposant à de nouvelles expériences, en nous exerçant à réfléchir et en adoptant intentionnellement des habitudes plus saines.

Les quatre domaines de l’intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle comprend quatre domaines liés entre eux. Ensemble, ils forment un schéma pour un leadership plus fort:

1. La conscience de soi

La conscience de soi est la capacité de reconnaître nos émotions en temps réel et de comprendre comment elles façonnent nos perceptions, nos comportements et nos impulsions. Elle est à la base du QE, car pour gérer vos réactions, vous devez d’abord reconnaître et nommer l’émotion.

Des signes physiques se manifestent souvent avant que nous en ayons conscience : muscles tendus, palpitationsou joues rouges. Dans ces situations, se poser la question « Qu’est-ce que je ressens? » active le cerveau rationnel, ce qui peut vous permettre de mieux gérer votre émotion.

Les émotions ne sont pas des obstacles; ce sont des données à interpréter. La colère, la peur, le bonheur, la surprise, la tristesse et le dégoût véhiculent chacun un message. Les dirigeants qui apprennent à interpréter ces signaux prennent des décisions plus claires et plus réfléchies.

2. La gestion de soi

Une fois les émotions identifiées, l’objectif est de les gérer L’autogestion consiste à réfléchir avant d’agir, surtout dans les moments de stress, de frustration ou d’anxiété.

Plusieurs techniques vous aideront à acquérir cette compétence :

  • Nommer l’émotion.. Mettre des mots surce que vous ressentez permet de réduire l’intensité de l’émotion en apaisant le système émotionnel limbique.
  • P.A.T. – Pause, Acknowledge, Think. (Faire une pause, prendre conscience, réfléchir) Ce ralentissement momentané relance le cortex préfrontal rationnel.
  • Réfléchir. Une réflexion, même brève, aide le cerveau à assimiler les expériences et à ajuster son comportement. Réfléchir consiste simplement à penser attentivement, à donner au cerveau une occasion de faire une pause au milieu du chaos et d’interpréter ce qui s’est produit.
  • W.A.I.T. – Why Am I Talking? (Pourquoi est-ce que je parle?) Cette simple question favorise des contributions réfléchies, particulièrement dans le cadre d’un conseil d’administration. En choisissant de vous exprimer uniquement lorsque vous avez vraiment quelque chose de pertinent à dire ou d’original à apporter, vous gagnez davantage de respect et d’influence auprès de vos pairs.

Changer ses habitudes émotionnelles peut sembler inconfortable, comme croiser les bras dans le « mauvais » sens, mais avec la répétition, de nouveaux comportements s’installent. C’est l’essence de la neuroplasticité —la capacité du cerveau à se remodeler grâce à une pratique assidue.

3. La conscience sociale

La conscience sociale consiste à comprendre les émotions et les comportements des autres. Les outils et approches pour l’améliorer incluent :

  • Écouter et observer. Cela implique de ne pas parler, de ne pas anticiper ce que les autres vont dire et de ne pas planifier votre réponse pendant qu’ils parlent. Cela peut paraître évident, mais nous sommes nombreux à ne pas véritablement écouter lorsque quelqu’un parle.
  • L’empathie. Il s’agit de la capacité de regarder sous la surface et de comprendre ce qu’une personne pourrait ressentir ou vivre.
  • Reconnaître les émotions. Vous pouvez les reconnaître en observant le ton de la voix et le langage corporel.
  • I.T.S. – Stay In Their Story. (Restez concentré sur leur histoire) Cette technique vous rappelle qu’il faut résister à l’envie partager votre propre expérience et de rester centré sur l’interlocuteur.

Le comportement est comme un iceberg où la partie visible n’est qu’une fraction de ce qui se passe réellement. En portant attention à ce qui se cache sous la surface, les dirigeants renforcent leur empathie et peuvent nouer des relations humaines plus profondes.

La conscience sociale nécessite également une gestion minutieuse du langage corporel, car il peut révéler ce que vous ressentez, comme lever les yeux au ciel ou montrer des signes d’ennui. Toutefois, le langage corporel peut aussi être trompeur :une personne qui croise les bras n’est pas forcément désengagée, elle peut simplement avoir froid ou chercher à se rassurer.

Il est également important de reconnaître que certaines différences neurologiques influencent le comportement et les interactions sociales. Lorsque la neurodiversité et l’intelligence émotionnelle se croisent, les défis peuvent s’intensifier, car les personnes neurodivergentes peuvent être injustement perçues en raison du peu d’expression ou d’un style d’interaction sociale différent.

Compte tenu de l’utilisation accrue des environnements virtuels pour les réunions, les signaux non verbaux sont limités. Par conséquent, il est encore plus important de faire des pauses intentionnelles et d’inviter explicitement les participants à s’exprimer.

4. La gestion des relations

La gestion des relations est la capacité de communiquer efficacement, de gérer les conflits, de collaborer et de nouer des relations interpersonnelles solides.

Les principaux comportements qui favorisent de solides relations sont les suivants :

  • Manifester un intérêt sincère envers les autres
  • Accorder toute son attention lors d’une conversation
  • Utiliser le contact visuel pour montrer son engagement
  • Gérer les conflits de façon calme et constructive
  • Faire preuve de constance et de fiabilité

Pour les membres d’un conseil d’administration, la gestion des relations a une incidence directe sur l’efficacité de la gouvernance. Les interactions positives renforcent la confiance, tandis qu’une mauvaise communication, l’évitement ou l’incohérence l’érodent.

QE et gouvernance du conseil d’administration

Les conseils d’administration évoluent dans des environnements très complexes, avec des priorités concurrentes et des personnalités diverses. L’expertise technique est essentielle, mais c’est l’intelligence émotionnelle qui permet une prise de décision efficace.

Les conseils d’administration dont les membres ont un QE élevé sont capables de :

  • Naviguer des conversations difficiles avec respect
  • Offrir un environnement sûr où les membres s’expriment ouvertement
  • Prendre des décisions fondées sur la clarté plutôt que sur l’émotion
  • Renforcer la collaboration et éviter les conflits dysfonctionnels
  • Maintenir la confiance grâce à la cohérence et à la responsabilité

L’intelligence émotionnelle améliore à la fois le leadership individuel et l’efficacité collective du conseil d’administration.

La confiance, véritable monnaie des conseils d’administration efficaces

Selon Pamela Barnum, spécialiste de la confiance et des relations, chaque interaction avec des collègues ou des membres du conseil d’administration constitue une transaction de confiance. La confiance s’accumule lentement, comme les intérêts composés d’un placement. Mais la confiance peut aussi s’éroder, comme une mauvaise dette peut nuire à un placement.

Une métaphore parlante est celle d’un registre de la confiance, où chaque comportement est un dépôt ou un retrait :

  • Respecter ses engagements : dépôt
  • Assumer la responsabilité de ses erreurs : dépôt
  • Non-respect des échéances sans communication : retrait
  • Rétention d’information : retrait
  • Soutenir un collègue dans un moment difficile : dépôt

Les conseils d’administration n’ont pas besoin d’être parfaits. Mais ils doivent maintenir un solde net positif pour être efficaces. Une saine gouvernance consiste à repérer rapidement les « fuites de confiance » et à les gérer avec honnêteté et détermination.

Investir dans le QE

L’intelligence émotionnelle n’est pas un luxe, c’est un impératif pour le leadership. Elle détermine dans quelle mesure les dirigeants se comprennent, nouent des liens avec les autres, résolvent les conflits et bâtissent la confiance. Contrairement au QI, le QE peut être appris, mis en pratique et renforcé à n’importe quelle étape de la vie.

Dans les conseils d’administration, le QE renforce la gouvernance, améliore la prise de décisions et crée un environnement de confiance nécessaire pour des équipes de direction saines et très performantes.

En investissant dans l’intelligence émotionnelle, tant individuellement que collectivement, les conseils d’administration se donnent les moyens de gouverner avec clarté, compassion et intégrité.

Groupe financier Connor, Clark & Lunn ltée
février 13th, 2026